INTRODUCTION

Je ne suis pas homme à faire de longs discours. Écrire un livre, c’était prendre ce risque. Et comme beaucoup de responsables politiques font chacun le leur pour soigner leur ego, j’affichais une constante réticence à me prêter à l’exercice. Mais après des mois de bataille pour la démocratie locale, à l’aube de bouleversements majeurs dont les citoyennes et citoyens ont été soigneusement tenus à l’écart par le pouvoir central, j’ai ressenti la nécessité de m’exprimer dans un livre — Métropole, l’autre chemin — dont j’ai extrait les propositions et alternatives que je vous soumets sur ce site pour souligner l’importance singulière de ce que j’avais à dire.

En affirmant à la fois avec une certaine solennité et une certaine détermination un point de vue construit dans l’action quotidienne, avec les habitantes et les habitants de Martigues, du Pays de Martigues et de l’ouest de l’étang de Berre, à qui je veux dédier ce livre.

Ce n’est pas, pour moi, un acte banal. Il vient à un moment crucial.

Au fond, j’y ai été décidé par deux raisons fondamentales : l’état de la société en général, qui traverse une crise profonde liée à la domination de plus en plus puissante et insensée des forces de l’argent ; et le fait plus concret que se mette en place la Métropole d’Aix-Marseille-Provence, présentée comme une réponse face aux enjeux alors qu’elle est pensée par ses promoteurs comme un outil d’aggravation des logiques à l’œuvre. La parole citoyenne est de plus en plus cantonnée à la périphérie, ignorée, piétinée. Et la création de nouveaux monstres institutionnels — comme ces « Métropoles » — auxquels on prête parfois les apparences de la démocratie, est en train de nous faire franchir un nouveau palier.

Il est clair, à mes yeux, que la situation est devenue insupportable : nous sommes broyés, méprisés, mis en danger à titre collectif et individuel par un système aveugle, une grande machine inhumaine mise en place par le libéralisme, quelle qu’en soit sa forme, qui n’a de cesse d’opérer à tous les niveaux.

Au plan local, avec le vote et l’application de la loi sur la Métropole que l’on nous a imposée malgré la levée de bouclier de 113 maires des Bouches-du-Rhône — dont je fais partie — sur 119.

Au plan national, avec des politiques gouvernementales menées à contre-courant des promesses formulées durant la campagne présidentielle de 2012. Politiques dont je suis témoin à l’Assemblée nationale, en tant que député, et auxquelles je m’oppose avec force et détermination chaque jour.

Au plan européen avec, comme tragique actualité, le sort réservé à la Grèce, étranglée, humiliée, et aujourd’hui saignée par une troïka dont le monde entier a pu juger le fanatisme économique et les outrancières exigences au moment des négociations de la dette publique, dénoncées par les plus grands économistes de la planète.

Au plan international enfin avec ce terrible fléau d’un autre temps, la guerre, qui continue à semer l’horreur, le malheur et la tragédie exilant sur les routes, par centaines de milliers, des femmes, des enfants et des hommes, en plein XXIe siècle.

Cet état de fait ne peut qu’engendrer encore plus de désespérance autour de nous.

Quand je croise ces jeunes qui, avant même de quitter l’école, me disent qu’ils n’ont pas d’espoir, qu’ils n’y croient pas, qu’ils n’y ont jamais cru, qu’ils ont déjà perdu, cela me fait mal de constater qu’avant même d’avoir commencé leur vie, ils baissent les bras, totalement impuissants, si tôt condamnés !

Et combien faudra-t-il de chômeurs, de salariés précaires, de jeunes sans avenir, de retraités asphyxiés, de laissés pour compte, ici, à côté de chez nous, comme partout en France, avant que la situation ne devienne explosive ?

Sans jouer les Cassandre, cette échéance n’est pas loin.

Je garde pourtant un grand espoir qui pourrait ne pas être très éloigné de celui de voir l’égalité et la justice revenir au premier plan, reprendre leurs droits trop souvent mis à mal par ce système qui exclut. La justice sociale peut exister : elle est là, à notre portée. Il n’y a pas de fatalité !

En tant qu’élu, je m’applique à clarifier le cap, à bousculer les diktats, à lutter contre le défaitisme, et à porter avec courage et conviction le sens de l’intérêt général. Je sais que dans la dernière période, avec d’autres, j’ai été accusé de défendre des intérêts d’élus, comme s’il s’agissait de défendre une « classe politique » à laquelle je n’appartiens pas. C’était indigne. C’était une fois de plus une diversion, une tentative détestable de couper les liens déjà abîmés entre les élus de la République et les citoyens. Il s’agit bien de défendre le bien commun.

Aussi, dès à présent, nous devons opérer un changement radical dans les politiques sociales, économiques, environnementales et territoriales menées depuis des décennies qui n’ont abouti à aucune — je dis bien : aucune — amélioration des niveaux de vie de la population ; bien au contraire.


Il est temps de prendre la parole

Voilà pourquoi il est urgent de prendre position ! Chacun à son niveau, à sa manière, à sa vitesse. Toutes les motivations, toutes les expertises sont les bienvenues.

La mienne prend la forme, aujourd’hui, d’un ouvrage qui concerne en priorité l’avenir de la Métropole Aix-Marseille-Provence dans laquelle Martigues, la ville que j’ai l’honneur d’administrer, va jouer les premiers rôles. Oui, il est nécessaire de s’expliquer et de mettre les éléments sur la table. Parce que la bataille continue.

Ce livre est le moyen de prendre la parole au nom de tous ceux et celles que je rencontre, avec qui nous construisons ici un territoire d’humains. Ces idées, ces propositions, nous les avons construites ensemble. Faisons-les retentir.