Postface — Michel Vaxès

« Servir le développement des femmes et des hommes »

Dans peu de temps, la loi instituant les Métropoles va devoir s’appliquer. De qui et de quoi sera-t-elle le nom ? La question mérite d’être posée ; le débat et les combats méritent de se prolonger.

En prenant l’initiative de l’écriture d’un Manifeste, Gaby Charroux exprime à sa façon l’exigence de la confrontation des points de vue, pour aujourd’hui et pour demain. C’est nécessaire et c’est bien.

Chacun constate, sans trop d’efforts, l’inégalité de développement des territoires à toutes les échelles : locale, nationale, européenne, internationale. Nous sommes tous témoins des inégalités de conditions de vie des populations et, plus largement, des peuples, selon qu’ils résident au Nord ou au Sud, à l’Est ou a l’Ouest, dans telle commune ou dans telle autre, et souvent à l’intérieur d’une même entité administrative. Le Marseille des quartiers Nord et le Marseille des quartiers Sud en expriment la plus insupportable réalité.

La Métropole peut-elle relever le défi du développement équilibré ? A-t-elle été conçue pour réduire les déséquilibres et nourrir la démocratie ou, à l’inverse, pour inféoder des territoires aux exigences d’un système économique qui espère se sauver par l’accentuation des logiques de concurrence et donc de domination si mortifères pour les valeurs de solidarité, de coopération, et d’émancipation des populations et des peuples ?

Le débat est nécessaire, indispensable, si nous ne voulons pas nous laisser abuser par des discours qui visent à tout prix à nous faire croire qu’une seule interprétation de l’initiative qui crée la Métropole devrait être retenue : celle qui répondrait à un besoin de justice. Ce n’est pas acceptable pour la simple raison que ce n’est pas vrai.

Coexistent et s’opposent deux conceptions radicalement opposées de la nécessité d’harmoniser, de rééquilibrer le développement des espaces et de promouvoir le développement économique, social, culturel et politique des hommes qui les peuplent.

D’un côté, celle qui ambitionne de promouvoir des logiques de coopération, de solidarité, de justice, de démocratie ; de l’autre, celle qui encense la concurrence et l’asservissement des peuples et des territoires aux exigences d’un système capitaliste en crise parce que, fondamentalement, il pousse à étouffer l’« Être » au profit de l’« Avoir » et aggrave les déséquilibres spatiaux.

Ici comme ailleurs, c’est l’affaire de choix politiques et de rapport de force. Le débat et les combats doivent donc se poursuivre car il n’y a aucune fatalité aux malheurs qui nous menacent. Le développement de l’humain peut et doit prendre le dessus sur l’égoïsme, la coopération et la solidarité doivent triompher du « chacun pour soi » et des adeptes de la concurrence qui, pour survivre, veulent éliminer leurs concurrents. C’est l’affaire de tous les citoyens dans leur diversité.

Jean Gray l’exprime excellemment quand il écrit : « Croyants et incroyants (…) si les uns et les autres pouvaient se rencontrer, s’ouvrir les uns aux autres au-delà des intransigeances, tout en préservant leur foi ou leurs convictions, cette ouverture ne révélerait-elle pas des profondeurs de l’homme inconnues jusqu’ici ? »

J’en ai personnellement la conviction !

Dans un livre intitulé « Chrétiens et Communistes, Construire ensemble », André Moine écrivait : « Là, existe une pensée révolutionnaire capable de dégager les issues de la crise de notre civilisation, d’être le catalyseur des forces de progrès comme elle le fut déjà à plusieurs reprises. Là, persistent des idées évangéliques de justice sociale, d’humanisme de paix, profondément ancrées dans le subconscient populaire (…) Marx rejoindrait-il Jésus autour des racines communes de l’Amour du prochain, de l’espérance humaine, de l’accomplissement de toutes choses ? Nous laissons à chacun le soin de la réponse .»

Mais quelle que soit votre réponse, dialoguons et résistons, combattons ensemble pour faire triompher les valeurs généreuses que nous partageons. Elles sont l’essentiel ! Elles sont partagées par l’immense majorité de celles et ceux qui, comme nous, n’ont d’autre ambition que de servir le développement des femmes et des hommes dans l’harmonie des territoires.

Michel Vaxès

Membre honoraire de l’Assemblée nationale